06/02/2012

Carnet de deuil

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Tétin

L’un des doyens du vieux village a salué son petit monde et tiré sa révérence. A l’orée de ses 90 ans, Augustin Durand – que personne à Espira n’aurait eu l’idée d’appeler autrement que « Tétin »- a rejoint son frère Pierrot de l’autre côté des portes de corne et d’ivoire, comme l’écrivait Nerval. Et nul doute qu’avec leurs cousins Pierre, Antoine ou Maurice, leurs amis, François, Joseph ou Marcel, ils discutent jusqu’à plus d’heures – le temps n’est plus compté- entre deux parties de belote, deux matchs de rugby ou deux matinées de chasse.

Tétin s’en est allé là-même où il est né, au cœur du village, dans cette rue Nationale dont il était un peu la vigie, qu’il connaissait millimètre par millimètre et qu’il arpentait quotidiennement, des 4 coins chez « Charles », où il n’y a guère, il faisait encore son « jaumet » et son vinaigre.

Homme de (très) fort caractère, d’abord vigneron avec son père et son frère, déporté en Allemagne au temps du STO, il a tenu pendant des années, avec son épouse Francine,  les « Docks », l’épicerie des 4 coins, d’avant les grandes surfaces, où on allait à la fois s’approvisionner et deviser. Puis, il saisit une opportunité et devint comptable à l’imprimerie du Midi et à l’Indépendant, pendant plus de trente ans, avant une retraite prise et pleinement vécue dans la maison de son enfance.

Rugbyman accompli ( il a formé avec son frère Pierrot une charnière mémorable, tant à XV qu’à XIII), chasseur infatigable, parfait connaisseur du territoire,  et méticuleux presque jusqu’à la manie , sa maison a longtemps été le rendez-vous , le dimanche à midi, de tous les Nemrods espiranencs et les histoires de chasse, au temps de l’apéritif, contées avec la faconde, le verbe et l’exagération poétique méditerranéens auraient enchanté et inspiré Maupassant. On connaissait et on appréciait son goût de la conversation, son sens de la réplique et de la répartie reconnu ( et redouté ?) de tous, son penchant pour l’improvisation comique en duo avec son frère, et son amour de la comédie et de la chanson , et les fêtes du 15 août d’autrefois en gardent la mémoire.

Jusqu’au dernier jour, malgré ses « vieilles jambes », comme il disait, il a marqué de sa présence son périmètre, de la place à la promenade, et nulle manifestation ne le laissait indifférent ni muet.

A Francine, son épouse, à ses enfants,  à toute la famille, on présente nos plus amicales condoléances.

( en photo, un document rare: en 1940,à Espira,  au premier rang debout, Tétin, à gauche, avec au centre son cousin Pierre Banyuls, ancien maire, et à droite, son ami Jeannot Cayrol, devenu l'inoubliable poète catalan Joan Cayrol)

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